CIES
Aide à l’enfance
Éducation
Lutte contre les violences

Cochabamba, Bolivie
Février 2023
Que fait CIES ?
La CIES (Centro de Investigación, Educación y Servicios) est l’organisation de référence en Bolivie pour la défense des droits sexuels et reproductifs, notamment auprès des femmes et des jeunes. Présente sur l’ensemble du territoire bolivien, elle agit à travers trois piliers : l’accès à des services de santé sexuelle accessibles dans des centres médicaux dédiés, des programmes d’éducation pour prévenir les risques, et un service d’orientation personnalisé. Grâce à un réseau de jeunes bénévoles, des campagnes de sensibilisation sont menées directement dans les écoles, les collèges et les zones rurales. La CIES travaille en partenariat avec de nombreuses institutions publiques et privées pour rendre effectifs les droits et l’autonomie des femmes, dans un contexte encore marqué par de fortes inégalités
Decouvrir la Bolivie et ses enjeux autour des femmes
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La carte d'identité de la Bolivie
Géographie
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Superficie : 1,1 million de km² (1) 2x la France
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Densité : 10 habitants/km², (2) parmi les plus faibles du monde
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Capitales : Sucre (constitutionnelle) et La Paz (économique, la plus haute du monde)
Démographie
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Population : 12 millions d’habitants (2023) (3) - 6 fois moins qu’en France). Avec 10 habitants par Km2, c'est l'un des pays les moins densément peuplés de la planète
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Espérance de vie : 69 ans pour les hommes (vs. 79 ans en France), 76 ans pour les femmes (vs. 85 en France) (4)
Economie
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PIB (2022) : 40 Mds USD (5) (95e rang mondial) - a doublé en 15 ans
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PIB/habitant : 3 345 USD (6) vs. 43 658 USD en France (7)
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Économie informelle : 62 % de l’activité, et entre 60 et 80 % de l’emploi (8)
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Microfinance : la Bolivie est le berceau de la micro-finance en Amérique du Sud

Enjeux Femmes et Filles
La Bolivie est le pays d'Amérique latine où le taux de violences faites aux femmes est le plus élevé. En effet, 92 % des femmes déclarent avoir été victimes d'une forme de violence durant leur vie (9).
Le nombre de féminicides est également extrêmement élevé puisque une femme décède tous les 3 jours et demi - chiffre comparable à la France mais à rapporter à une population 6 fois moins nombreuse (10).

La CIES : au plus près des réalités du terrain
De nombreuses institutions en Bolivie sont spécialisées sur les sujets des droits des femmes et notamment sur les questions qui touchent à la protection de l’intimité des femmes.
La CIES est l’organisme de référence au niveau national sur ces thématiques et a noué de nombreux partenariats : ONGs, pouvoirs publics, centres de santé, universités, chaires de recherche, collèges, etc.
Deux grands types d’actions pour soutenir les femmes
La CIES met en place deux grands types d’actions :
Des services de santé dispensés par des médecins dans des centres et cliniques privés dédiés : ces services sont payants mais plus accessibles que ceux des cliniques privées traditionnelles.
Des programmes d’éducation pour prévenir les risques.
Un service d’orientation et d’accompagnement, « la plataforma », est également proposé aux patients de la CIES.
L’objectif de ce dispositif est de permettre aux patients d’échanger avec une infirmière afin de faire le point sur leur état de santé, leurs besoins concrets, et d’identifier les solutions les plus appropriées. Dans le cadre de la mise en place de plans de contraception, la patiente peut ainsi choisir la méthode la plus adaptée avec l'aide de « la plataforma » — un service unique en Bolivie.
Des actions en complémentarité avec CRECER
J’ai la chance de m’entretenir avec le Docteur Jhonny Lopez, Directeur Général de la CIES et administrateur de CRECER, auparavant médecin engagé au sein de l’UNICEF :
« notre patientèle se compose en grande majorité de profils identiques aux clientes de CRECER. Nos deux organisations sont donc particulièrement complémentaires puisque CRECER permet aux femmes vulnérables d’avoir une activité économique et nous nous occupons de former leurs asesores de crédito et nous envoyons nos médecins réaliser les campagnes de dépistage auprès des clientes de CRECER. »

Les droits sexuels des femmes, un combat de longue haleine
En plus du cancer du col de l’utérus, la CIES travaille sur la notion de régulation des naissances : « nous nous efforçons d’apprendre aux femmes quels sont leurs droits, notamment sur la question des enfants. » (Jhony Lopez). Réguler le nombre de grossesses est un sujet de société particulièrement complexe.
Je rencontre de nombreuses femmes qui ont plus de 8 enfants alors qu’elles n’en souhaitaient que 2 ou 3. Mais apprendre à se protéger ne fait pas partie de l’éducation que reçoivent la majorité des jeunes gens, et encore moins dans les milieux précaires et retirés. Ce sujet reste bien souvent tabou.
La contraception de type pilule ou implant est peu utilisée en Bolivie car les maris s’y opposent de peur que leur femme ne les trompe. Quant aux préservatifs, ils ne sont guère appréciés par ces mêmes maris et coûtent chers. Jimena Flores, Responsable Education de la CIES à Cochabamba, m’explique qu’une femme qui ne veut ou ne peut plus avoir d’enfant est très souvent abandonnée par son mari même lorsque c’est le traitement contre le cancer du col de l’utérus qui la rend stérile.
Pour considérer la situation, il est important de garder en tête les faits suivants :
La dépendance financière des femmes vis à vis de leurs maris (nombreux sont ceux qui exigent de leur femme de rester à la maison pour s’occuper des enfants, du ménage et de la cuisine)
Le taux de violence physique et moral extrêmement élevé (92% des femmes déclarent avoir été victimes d'une forme de violence durant leur vie)
Le taux d’agression sexuelle très élevé lui aussi (70% des femmes déclarent être ou avoir été victimes d’agressions sexuelles) y compris envers les enfants.
Beaucoup de femmes n’osent pas s’opposer à leur mari par peur d’être battues
Une des clientes de CRECER m’avoue « on est souvent obligées de faire les prostituées pour satisfaire nos mari, sauf que nous ils ne nous paient pas. »
La responsable de la Fondation Proyecto Horizonte me raconte également que :
« pour pouvoir s’opposer frontalement à son mari ou quitter le foyer, une femme doit avant tout trouver un travail et devenir indépendante financièrementj. Sinon, même si elle fait appel à la justice en cas de violences ou d’agressions, elle doit rentrer chez elle car bien souvent les juristes eux-mêmes lui rappellent qu’elle est incapable de subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants. Alors imagine, une femme qui a déployé tant de courage et qui doit rentrer chez elle, elle sait qu’elle va encore plus souffrir car son mari est notifié par la ustice et devient généralement encore plus violent. Ce que nous faisons avec la Fondation Proyecto Horizonte dont je fais partie, c’est que nous les aidons à trouver un travail et à acquérir une forme d’indépendance. Ensuite on les accompagne en justice. »
D’autres renoncent à se protéger lors des rapports sexuels de crainte de se retrouver seule.
Et d’autres n’ont ni la connaissance des moyens de contraception, ni les moyens de les financer.
Quand les jeunes deviennent acteurs du changement
La CIES, à travers des réseaux de jeunes bénévoles formés par l’institution, s’efforce d’aller au contact des populations les plus démunies et vivant en zone rurale.
Ces jeunes dispensent des ateliers de sensibilisation, de prévention et d’éducation sexuelle, de prévention de la violence, et du respect des choix de chacun des partenaires.
Jimena me dit sur le ton de l’humour : « les jeunes acceptent d’écouter les jeunes. Nous on est rétrogrades et has been, donc on utilise ce réseau pour toucher le plus grand nombre. Car les jeunes sensibilisés en parlent à leurs amis, à leur familles, et ainsi de suite. Donc moi je leur fais confiance et je les laisse faire, mais ils savent que je suis là si besoin".

Avortement en Bolivie : entre droits limités et réalités difficiles
Les boliviennes ont le droit d’avorter depuis seulement 2014.
Si aucune limite de temps n’est indiquée dans l’article de loi, l’avortement n’est permis qu’en cas d’agression sexuelle ou de danger pour la santé de la mère ou de l’enfant.
« L’interprétation de cet article est souvent assez restrictive » me dit Jimena. « A la CIES nous prenons en compte la santé intégrale, c’est à dire la santé physique et psychologique. Trop souvent la dimension psychologique n’est pas traitée.» En plus du refus de la part de nombreux établissements de réaliser l’avortement, vient s’ajouter la problématique du coût, et bien évidemment la pression familiale.
Il existe de nombreux centres d’avortements clandestins dont les pratiques sont très souvent barbares et où la notion d’hygiène n’existe pas. Pour lutter contre ce phénomène, la CIES travaille sur la sensibilisation de la société civile mais aussi via du lobbying auprès des pouvoirs publics. Il lui arrive de prendre en charge financièrement l’opération si la vie de la femme est en danger et qu'elle ne dispose pas des moyens nécessaires.
Briser le cycle des grossesses précoces
Selon l’UNFPA, en Bolivie, 12% des jeunes femmes entre 15 et 19 ans sont mamans. Cette statistique est plus élevée dans les régions les plus pauvres comme Cochabamba ou El Alto.
Les raisons sont multiples:
Les agressions sexuelles nombreuses sur mineures
La prostitution de mineures dans les zones les plus défavorisées
Phénomène prégnant à El Alto
Le milieu économique et social
Plus elles proviennent d’un milieu défavorisé et plus elles ont des risques de tomber enceinte tôt.
Le modèle familial
Dans les familles où la mère a eu des enfants très jeunes, la probabilité que l’une de ses filles soient également enceinte très tôt est plus élevée.
Les violences intra-familiales augmentent également les chances d’attendre un enfant très jeune. Dans certains cas, les jeunes filles voient en la maternité une façon de s’émanciper, d’acquérir leur indépendance, de fonder leur propre famille et surtout d’échapper à leur foyer.
Le manque d’éducation et d’information sur les rapports sexuels
De nombreuses jeunes filles ignorent tout de la sexualité et des cycles et du fonctionnement de leur organe reproducteur. Dans les milieux les plus précaires, l’ignorance en matière de contraception est particulièrement élevée. Selon Viviana, Responsable de la section éducative de la CIES del Alto, dans le département, seulement 3 jeunes filles sur 10 savent qu’il faut se protéger. Avancée toutefois notable en Bolivie pour la rentrée scolaire 2022 : les sujets d’éducation sexuelle et de prévention contre les violences de genre intègrent le programme scolaire national (ce qui a d’ailleurs donné lieu à de nombreuses manifestations de protestation des enseignants et des parents d’élèves)
Le faible recours à la contraception
Pour les adolescentes qui ont connaissance des systèmes de contraception, la question du prix peut-être dissuasive mais surtout, il est obligatoire d’avoir l’autorisation d’un adulte ou d’être accompagné par un adulte pour s’en procurer. Autant dire que cela en réfrène plus d’une. A cela vient s’ajouter (dans le cas du stérilet) la peur de ne plus pouvoir être fertile au moment voulu de par la plus longue durée de protection.
Les tabous, les croyances erronées et la manipulation par le partenaire
Le sujet est généralement peu abordé en famille ou à l’école. Les jeunes filles grandissent « avec la croyance du premier et unique amour et les garçons en jouent pour les inciter à avoir un rapport dès leur plus jeune âge » (Viviana)
Quand la maternité interrompt l’enfance
Le phénomène des mamans adolescentes (ou parfois de mamans enfants) engendre de nombreuses problématiques pour la jeune maman qui doit souvent interrompre sa scolarité pour s’occuper (seule) de son bébé, faire face à de nombreuses critiques voire à un rejet par sa famille, à des traumatismes certains, et à des besoins financiers accrus.
Par ailleurs, d’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le risque de mortalité maternelle est plus élevé chez les adolescentes de moins de 15 ans. La grossesse constitue le premier facteur de mortalité pour les mères adolescentes. Pour le bébé, la probabilité de décès infantile ou d’enfant mort-né est 50% plus élevé lorsque sa maman est adolescente.

Sensibiliser les jeunes : un levier clé pour prévenir les risques
A travers son programme de jeunes leaders, la CIES s’efforce de sensibiliser de plus en plus d’adolescentes et d’adolescents sur les précautions à prendre en cas de rapport sexuel.
Les notions de consentement et de respect de l’autre sont également au programme de ces formations.
La CIES réalise également des actions de lobbying auprès du gouvernement et de l’éducation nationale afin d’inciter les responsables politiques à rendre obligatoire les cours d’éducation sexuelle et reproductive (c’est désormais chose faite).

Sources
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(1, 2, 3) Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. (s. d.-a). Présentation de la Bolivie. France Diplomatie - Ministère de L’Europe et des Affaires Étrangères. https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/bolivie/presentation-de-la-bolivie/
(4) Statista. (2023, août 22). Espérance de vie en Bolivie 2007-2017. https://fr.statista.com/statistiques/697893/esperance-de-vie-bolivie/
(5) Bolivie - Data Commons. (s. d.-a). https://datacommons.org/place/country/BOL?utm_medium=explore&mprop=amount&popt=EconomicActivity&cpv=activitySource,GrossDomesticProduction&hl=fr
(6) Bolivie - Data Commons. (s. d.-b). https://datacommons.org/place/country/BOL?utm_medium=explore&mprop=amount&popt=EconomicActivity&cpv=activitySource,GrossDomesticProduction&hl=fr
(7) France - Data Commons. (s. d.). https://datacommons.org/place/country/FRA?utm_medium=explore&mprop=amount&popt=EconomicActivity&cpv=activitySource,GrossDomesticProduction&hl=fr
(8) Du Trésor, D. G. (s. d.). Situation Economique et Financière - BOLIVIE | Direction générale du Trésor. https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/BO/conjoncture-economique#:~:text=Il%20existe%20des%20d%C3%A9s%C3%A9quilibres%20entre,%25%20selon%20l'OIT).
(9) Celnik, N. (2019, 18 octobre). Bolivie : les féminicides dans l’ombre de la campagne. Libération. https://www.liberation.fr/planete/2019/10/18/bolivie-les-feminicides-dans-l-ombre-de-la-campagne_1758496/
(10) Bolivie : préoccupé par les violences sexuelles et les cas de torture, le Comité des droits de l’homme encourage les efforts de réforme de la justice | ONU GENEVE. (2022, 10 mars). ONU GENEVE. https://www.ungeneva.org/fr/news-media/meeting-summary/2022/03/dialogue-bolivia-experts-human-rights-committee-welcome-training
