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Indépendance financière et entrepreneuriat

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Inde
2 semaines
Que fait Crecer IFD?
Accès à la santé , Lutte contre les violences , Aide à l’enfance

La carte d'identité de la Bolivie 


Géographie 

  • Superficie : 1,1 million de km² (2x la France)

  • Densité : 11 habitants/km², parmi les plus faibles du monde

  • Capitales : Sucre (constitutionnelle) et La Paz (économique, la plus haute du monde)

Démographie

  • Population : 12 millions d’habitants (2022) - 6 fois moins qu’en France). Avec 11 habitants par Km2, c'est l'un des pays les moins densément peuplés de la planète

  • Espérance de vie : 69 ans pour les hommes (vs. 79 ans en France), 76 ans pour les femmes (vs. 85 en France)

Economie 

  • PIB (2022) : 40 Mds USD (95e rang mondial) - a doublé en 15 ans

  • PIB/habitant : 3 345 USD (vs. 43 658 USD en France)

  • Économie informelle : 62 % de l’activité, et entre 60 et 80 % de l’emploi

  • Microfinance : la Bolivie est le berceau de la micro-finance en Amérique du Sud

Enjeux Femmes et Filles

La Bolivie est le pays d'Amérique latine où le taux de violences faites aux femmes est le plus élevé.  En effet, 92 % des femmes déclarent avoir été victimes d'une forme de violence durant leur vie.

  • Le nombre de féminicides est également extrêmement élevé puisque une femme décède tous les 3 jours et demi - chiffre comparable à la France mais à rapporter à une population 6 fois moins nombreuse.

  • Par ailleurs, 70% des femmes déclarent être ou avoir été victimes d’agressions sexuelles.

Deux semaines avec Crecer IFD

Arrivée en Bolivie le 19 janvier à La Paz, le séjour au sein de la capitale la plus haute du monde est de courte durée. Dès le lendemain, je rejoins l'institution de micro finance CRECER IFD avec qui je vais passer mes deux premières semaines. CRECER IFD compte plus de 300 000 clients dont 73% sont des femmes, et l’institution est présente sur l’ensemble du territoire bolivien, y compris dans les zones rurales (c’est d’ailleurs en zone rurale que CRECER IFD a été créée). 

Direction le Beni dans la pampa amazonienne bolivienne, pour 3 jours avant de me rendre plus au sud dans les Andes à Potosi et Uyuni (célèbre pour son fameux désert de sel et ses lagunas coloradas). Après une semaine passée à sillonner les hauts plateaux du Sud Lipez et ses villages reculés, retour à La Paz pour rencontrer les membres du siège national de CRECER IFD. Je termine mon périple en leur compagnie à El Alto, à proximité du renommé Lac Titicaca.
 

Au Programme ces deux semaines

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Participation à des bancos comunales

Couverture de campagnes de prévention contre le cancer du col de l'utérus (l'une des premières causes de mortalité de la femme en Bolivie)

Découverte de la vision globale de CRECER IFD sur l’inclusion financière et sociale des femmes.

Introduction aux micro-crédits et aux bancos comunales 

Le crédit individuel

Un prêt accordé à une personne seule, généralement conditionné à la présentation de justificatifs de revenus et destiné à financer un besoin spécifique comme le logement, la santé, l’éducation ou un projet entrepreneurial.

Le crédit “banco comunal”

Un pret qui permet à un individu entrepreneur de souscrire un crédit au sein d'un groupe de proches également emprunteurs et directement solidaires du crédit. Mères, filles, voisines, amies, cousines ou collègues, toutes se connaissent. En cas de non paiement par une personne du banco communal, sa dette est reportée sur l'ensemble du groupe.

Contrairement aux crédits individuels, les conditions d'accessibilité sont réduites au minimum. De ce fait, au sein de la clientèle de CRECER, la majorité des bancos comunales sont constitués de femmes (80%). Les femmes disposent en effet de peu de justificatifs de revenus, d'autant plus lorsqu'il s'agit de se lancer pour la première fois dans une activité lucrative. Ce dispositif facilite de fait l'accès au crédit à des femmes aux conditions financières précaires et leur permet ainsi d'acquérir pas à pas une forme d'indépendance financière. Les montants empruntés par personne peuvent varier de 5 000 à 20 000 bolivianos (entre 700 et 2800€).


 



Je rencontre ainsi des bancos comunales divers aux noms cocasses choisis directement par les personnes qui les composent :

Las Perlas

Las Magnificas

Esmeralda de Potosi

Aguas Vivas

Buenavista

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Fonctionnement des bancos comunales 


Chaque banco comunal emprunte pour des durées allant de 6 à 12 mois.
 
Certaines femmes font partie de leur banco comunal depuis plus de 20 ans.

C’est le cas de Doña Clara à Potosi qui me raconte entamer son 36ème cycle :

 

Doña Clara

« Une fois maman de mon premier enfant, je ne voulais pas rester à la maison, je me serais ennuyée. J’ai emprunté la première fois pour réaliser des études de pâtisserie malgré le désaccord (violent) de mon mari. Le jour de l’examen de pâtisserie sur 14 nous étions 8 avec des bleus, mais nous étions ultra-déterminées. Grâce aux micro-crédits, j’ai pu non seulement apprendre un métier mais aussi développer mon commerce. CRECER m’a également accompagnée vers le digital et aujourd’hui j’utilise beaucoup les réseaux sociaux pour vendre. Les affaires vont bien, je suis indépendante financièrement désormais (immense sourire) et même mon mari m’apporte des clients».

Chaque banco comunal se réunit une fois par mois avec un “acesor de credito" (employé de CRECER IFD) dont le rôle est à la fois de récupérer les mensualités de l'ensemble du groupe, mais aussi de sensibiliser et former le banco comunal aux thématiques suivantes : 

Education financière 

Sensibilisation à l’épargne et la retraite, gestion du budget au sein de la famille,
présentation des offres, etc. «Contrairement à de nombreux acteurs du secteur, nous ne nous cantonnons pas aux formations sur les produits ou sur la bonne gestion, nous travaillons également sur le mode de fonctionnement familial des clientes et sur la façon de gérer son emprunt dans cet environnement complexe et parfois hostile » (Isabel Rueda Fernandez, Directrice du développement de CRECER)

Prévention du cancer du col de l’utérus

Présentation de la maladie et incitation forte à se faire dépister chaque année. Cette maladie tue plus de 4 femmes par jour en Bolivie et représente une des premières causes de mortalités des femmes dans le pays. Les raisons? La méconnaissance de cette maladie et de son mode de transmission, l’arrivée récente du vaccin contre le papillomavirus (PVH), le nombre élevé de grossesses par femme, les déserts médicaux, le coût, le manque de temps, l’attente (parfois supérieure à 3 mois) pour recevoir les résultats - ou ne pas les recevoir … et le machisme. De nombreux maris interdisent en effet à leurs femmes d’aller se faire dépister, d’après eux, cela reviendrait en effet à les tromper!  

 Leadership des femmes et sensibilisation à l’éducation « non-genrée »

Développement de la conscience de chacune (et de chacun) du potentiel de leadership qui existe en chaque femme. Si le sujet peut sembler évident, force est de constater que de nombreuses femmes ont beaucoup de difficulté à citer ne serait-ce qu'un exemple de femme leader. L’éducation des petites filles est également une thématique qui revient fréquemment : elles ne doivent pas être cantonnées aux tâches ménagères et à un rôle de future maman mais elles doivent pouvoir se projeter dans des métiers et activités généralement davantage associés aux hommes.

Usage des nouvelles technologies et formation au rôle crucial du digital mais aussi à ses dangers 

Présentation des fonctionnalités des smartphones et des réseaux sociaux et application directe aux entreprises des clientes

Une séance mensuelle est donc composée de deux temps :

Un premier axé sur une de ces quatre thématiques 

 

Un second pour réunir les mensualités des membres du banco comunal.

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Il n’est pas rare de voir débarquer les femmes des bancos comunales en compagnie de leurs enfants. Malgré la dimension peu pratique de ce baby-sitting permanent pour les mamans, je ne peux m’empêcher de penser que les formations dispensées par les acesores de credito bénéficient également aux enfants présents. 

Déplacements

Dans chaque région du pays où je me rends avec CRECER, j’assiste aux réunions des bancos comunales, y compris dans les villages les plus reculés, directement dans la maison des clientes - appelées « socias ».

 

Je rencontre donc des entrepreneuses de tout âge et de tous secteurs : de la vente d’hamburgers et d’empanadas, à la tenue de boutiques de souvenirs pour les touristes, ou à des business de transformation et d’export du sel d’Uyuni ou de produits agricoles. 

Sessions de formation

J’ai la surprise de rencontrer des femmes d’un âge certain ultra connectées et désireuses d’apprendre comment générer des QR codes pour « arrêter de perdre mes clients qui ne paient que par carte. Les touristes ont rarement du cash sur eux et je perds énormément de chiffre d’affaire pour cette raison. Si je pouvais créer mon QR code pour que les clients qui ne possèdent pas de cash puissent payer en ligne, ce serait incroyable. On a vraiment de la chance les filles d’avoir CRECER qui nous aide!» (Doña Maria, Colchani) … c’est le programme de la prochaine réunion du banco communal.


Ces sessions de formation sont directement orchestrées depuis le siège de l’institution et adaptées localement aux spécificités de chaque région.​​

Business et inclusion : un équilibre à conserver 

Je suis agréablement étonnée de constater que CRECER place au même niveau de priorité la gestion économique et financière et les sujets de « développement » - à savoir la formation et la prévention. Le format des réunions des banco comunales facilite cette approche. 

C’est d’ailleurs cet équilibre business et impact social qui fait la particularité de CRECER.

 
Plusieurs fois invités à laisser de côté les sujets de développement par les associations nationales et internationales de microfinance durant les années 2000, les responsables de l’institution n’ont jamais cédé.
 
C’est ce que me raconte le Directeur Général, Jose Auad Lema qui compte plus de 30 ans d’expérience dans le secteur de la microfinance :
 

« La partie financière, les micro-crédits , constituent le business as usual et nous assure la rentabilité. Le système est rodé et permet justement de se concentrer sur les aspects de développement. Même d’un point de vue gouvernance, chaque instance implique systématiquement les deux bras de CRECER, aucune décision business ne se prend sans consultation du service de développement et vice-versa. C’est ce qui à notre sens constitue l’essence même de la micro-finance et de l’inclusion. Les organisations internationales sont d’ailleurs revenues sur leur position et prônent de nouveau cette alliance entre business et impact social. »


Selon lui, le prochain défi est technologique : « Nous devons atteindre les standards du marché des fintechs pour gagner en simplicité utilisateur et acquérir une clientèle plus jeune, tout en développant un système hybride qui allie physique et digital. »

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Le cancer du col de l’utérus, une priorité sanitaire en Bolivie 

Isabel Rueda Fernandez, Directrice du Développement de CRECER IFD, m’explique que l’institution a choisi de se concentrer sur le cancer du col de l’utérus depuis 2018. Avant, les thématiques santé abordées étaient plus variées mais l’impact plus difficilement mesurable. Il a été décidé que la prévention du cancer du col de l’utérus serait la priorité. Aussi, en 2022 ce sont plus de 70 000 clientes qui réalisent le dépistage du cancer du col de l’utérus via CRECER à un tarif nul ou réduit de 70%.

CRECER a développé plus de 40 partenariats dans l’ensemble du pays avec le Gouvernement mais aussi avec des ONG et des sociétés privées de médecins qui acceptent de se rendre dans les régions les plus reculées du pays afin de pouvoir atteindre les femmes vivant en zone rurale - les plus touchées par la maladie.

Comment ca marche?

Ils acceptent de réduire considérablement leurs tarifs et de se déplacer en contrepartie d’un nombre élevé de patientes. L’effet volume leur permet de rentabiliser ces journées.
C’est ainsi que le meilleur médecin de Santa Cruz, Roberto Zarate, se rend dans des localités retirées du Béni, qu’un jeune médecin d’Ururo va jusque Tiquina aux abords du lac Tticaca ou que la médecin Vania Leon de La Paz se rend dans les lieux les plus reculés del Alto. Ces partenariats sont d’autant plus importants que le Gouvernement ne se rend pas dans ces zones.

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Roberto Zarate

« Le problème de cette maladie c’est qu’elle est invisible et que dans un premier temps elle ne se sent pas ». Or les femmes jonglent entre les enfants, les courses, la cuisine, le ménage, leur business et la gestion des comptes du ménage.

 

Autant dire que sans douleur notoire, elles ne vont pas consulter. Toutefois, et c’est ce en quoi consiste le message de CRECER : « le cancer du col du l’utérus est un cancer qui se prévient. On peut prévenir cette maladie en adoptant les précautions nécessaires et en se faisant dépister chaque année ».

Les résultats obtenus par CRECER sont encourageants : outre la participation en forte hausse, le nombre d’infections et de cas de pré-cancers ou de cancers diminue.

 

En 2018, plus de 41% des clientes testées ont une infection contre 11% en 2022 et plus de 8% ont un début de cancer vs. 6% en 2022. 

 

Les acesores de credito de CRECER incitent fortement les socias à se rendre aux campagnes de dépistage, avec des arguments plus ou moins adéquats :

  • « notre acesor nous a dit que si on ne faisait pas notre papanicolau (l’examen en question) on ne pourrait plus emprunter au prochain cycle »,

  • « Voulez-vous que vos enfants se retrouvent sans leur maman? » « Connaissez-vous le prix des traitements du cancer du col de l’utérus? »

  • « Nous connaissons des clientes qui sont décédées faute de s’être fait dépister chaque année, on les voyait arriver, de plus en plus diminuées, elles avaient du mal à marcher à cause de la douleur, et en quelques mois elles nous quittaient.»

 

Doña Lizbeth

Les acesores sont formés par les médecins partenaires ou par des institutions médicales telles que la CIES et jouent un rôle important pour informer les clientes sur le cancer du col de l’utérus :

« Ce sont les seules personnes à nous dire de prendre soin de notre santé » (Doña Lizbeth, Tiquina).

 

Je participe donc aux campagnes de prévention aux côté de femmes de tout âge qui viennent ainsi s’informer et se faire tester dans les centres de santé publics ou directement dans l’enceinte des bâtiments de CRECER.

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Parmi les partenariats qu’a noués CRECER, l’un concerne plus spécifiquement les thématiques en lien avec les droits sexuels des femmes, LA CIES (Centro de Educación Investigación y Servicios - Derechos sexuales y reproductivos). 

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