Programme Suvidha

Dharavi, Inde
Mars 2023
WASH Services - WAter Sanitation and Hygiene)
Lutte contre les violences
Insertion Professionnelle
Que fait le programme Suvidha
Le programme Suvidha, initié par Hindustan Unilever, en partenariat avec HSBC et la municipalité de Mumbai, offre un accès sécurisé, propre et abordable aux services d’hygiène essentiels (toilettes, douches, laverie, eau potable) au cœur des bidonvilles de Mumbai, notamment à Dharavi. En plaçant la sécurité et la dignité des femmes au centre du dispositif (panic buttons, caméras, toilettes séparées), le programme améliore leur qualité de vie, leur santé mentale et favorise leur insertion professionnelle via l’emploi local. Un exemple réussi de partenariat public-privé au service de l’accès aux services WASH, de la lutte contre les violences et de l’inclusion sociale durable.

La carte d'identité de l'Inde
Géographie
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Superficie : 3,287 millions de km² - 6x la France (1) , pays extrêmement divers composé de 28 États
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Capitales : Delhi (Officielle & Administrative) – 31 millions d’habitants (2), et Mumbai (économique) – 27 millions (2)
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Langues : 22 langues officielles reconnues par la Constitution ; l’hindi est la langue majoritaire (3)
Démographie
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Population : 1,417 milliard d’habitants (avril 2023), soit 18 % de la population mondiale (2) — l’Inde est devenue le pays le plus peuplé au monde
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Religions principales : hindouisme (79,5 %), le bouddhisme (1%), le jaïnisme (0,5%) et le sikhisme (2%). Mais elle acceuille aussi d'autres religions comme l’islam (14%) et le christianisme (3%) (4)
Economie
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PIB/habitant : 2 480 USD (2023) (5) vs. 43 659 USD en France (6)
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Inégalités : fortes disparités sociales et économiques entre régions, castes et genres (7)

Enjeux Femmes et Filles
La situation des femmes en Inde est complexe et varie énormément selon les régions, les milieux sociaux, les religions et les castes. On ne peut pas la résumer en quelques lignes.
La situation de la femme est une préoccupation centrale en Inde - ce pays arrive en tête des pays les plus dangereux du monde pour les femmes selon une étude de la Fondation Thomson Reuters de 2018 (8).
Cette étude se base sur six indicateurs et l’Inde se place devant l’Afghanistan, la Syrie, la Somalie et l’Arabie Saoudite sur les trois indicateurs suivants :
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l’exploitation humaine,
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l’oppression culturelle,
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les violences non sexuelles et sexuelles.
Ces phénomènes existent encore aujourd’hui mais sont principalement observés dans les zones les plus rurales et dans les castes les plus défavorisées.
Si le taux de violence envers les femmes reste très élevé, depuis quelques années on observe une croissance des mouvements féministes en Inde et une amélioration progressive de certaines situations, notamment en zone urbaine.
Introduction voyage en Inde
Je débute mon périple Indien par un bref séjour à Delhi et à Mathura (150 km de Delhi) afin d’être aux premières loges pour le Festival des couleurs « Holi » dont la journée phare cette année est le 8 mars - journée internationale des droits des femmes. Holi est une fête hindoue millénaire qui marque l’arrivée du printemps et célèbre la fertilité ainsi que la victoire du bien sur le mal.
J’ai la chance d’assister de près à plusieurs cérémonies qui se tiennent au cœur des temples de Mathura : danses, fleurs, couleurs, un spectacle pour les yeux.



Puis, direction Mumbai et ses environs pour cinq semaines afin de rencontrer plusieurs entreprises qui agissent au quotidien pour l’inclusion des femmes aux côtés des pouvoirs publics et des associations. Il est important de garder en tête que chaque État voire chaque ville comporte ses propres spécificités. Il serait donc erroné d’élargir les descriptions ci-dessous à l’ensemble du pays.
Suvidha, ou comment Unilever transforme le quotidien des femmes des bidonvilles de Mumbai par l’accès à l’hygiène
Dharavi, plus grand bidonville d’Asie, un monde à part
C’est avec Unilever que je découvre pour la première fois Dharavi. Situé au cœur de Mumbai, Dharavi est l'un des plus grands bidonvilles d’Asie et compte plus d’un million d’habitants pour 2 kilomètres carrés. Loin d’être un lieu inactif et abandonné, Dharavi accueille plus de 20 000 petits business et entrepôts et abrite des occupants venus de multiples régions pour trouver du travail à Mumbai. C’est l’un des bidonvilles où le niveau d’éducation est le plus élevé du pays.
Ici tout s’entremêle : maisons sur étages de toutes les couleurs, religions diverses, courses-poursuites d’enfants à travers les ruelles, réunions de femmes du voisinage sur des petites places, linge qui sèche grâce aux rayons de soleil qui infiltrent les rues étroites, passages de transporteurs de fruits et légumes et de porteurs de marchandises en tout genre, cris des commerçants pour vanter leurs produits…

Conditions de vie à Dharavi
Les habitations sont de petite taille mais ce sont généralement plus de 8 personnes qui y vivent.
Dans la plupart des cas, on constate l’absence de toilettes et de douche. Les machines à laver ne sont pas monnaie courante non plus, et les femmes ont pour habitude de laver à la main le linge de la famille une fois par semaine. La charge de travail associée est conséquente et vient s’ajouter à l’ensemble des tâches du foyer dont les femmes sont en charge.
Enfin, si on note la présence de bidons d’eau à proximité de chaque maison pour cuisiner et faire la lessive, celle-ci n’est pas filtrée et n’est donc pas potable.

Des sanitaires payants, fermés la nuit et peu sûrs
Autre caractéristique : en Inde les toilettes publiques sont payantes et ne sont pas ouvertes 24/24h. A Dharavi, cela ferme à 21h. Autrement dit, il n’est ensuite plus possible d’accéder à un quelconque lieu de commodité. La sécurité à leurs abords n’est par ailleurs pas assurée et les infrastructures sont peu entretenues. Les femmes s’y rendent rarement seules, et les mamans n’autorisent pas leurs filles à y aller non accompagnées. Les temps d’attente sont longs et il est nécessaire de transporter des charges d’eau sur de longues distances. L’heure du dîner tient compte des horaires de fermeture.
Najma, une habitante de Dharavi témoigne « avant les centres, si les enfants avaient besoin d’aller aux toilettes en pleine nuit, il fallait attendre le lever du jour pour que je puisse les accompagner et qu’ils soient en sécurité. Je n’avais jusque-là pas conscience d’à quel point j’avais grandi avec cette habitude ».
Ce sujet, qui peut nous sembler désuet tant il nous est accessible, fait partie des préoccupations quotidiennes des habitants de Dharavi. L’absence de WASH services (Water Sanitation and Hygien) constitue un domaine d’intervention prioritaire à part entière dans l'aide au développement international.

Les Suvidha centers : un programme initié par Hindustan Unilever Limited pour faciliter l’accès à l’hygiène pour les femmes
Dans le cadre de son engagement sociétal et environnemental, Hindustan Unilever Limited a lancé l’initiative des Suvidha centers en 2016 dans plusieurs bidonvilles de Mumbai, notamment à Dharavi. L’objectif: Donner accès aux services WASH aux habitants vulnérables de Mumbai dans des conditions décentes, sécurisées et durables.
Ce projet est reconnu comme un modèle par le World Economic Forum pour la création de villes saines. Aujourd’hui on dénombre 7 centres Suvidha à Mumbai. D’autres sont en cours de construction et l’objectif est d’atteindre 25 centres d’ici 2025.
Services mis à disposition dans les centres à plus de 200 000 habitants des bidonvilles
Douches et lavabos
Toilettes propres et sécurisées
Machines à laver (façon laverie)
Distributeur d’eau potable
Caractéristiques des centres:
Caméras de surveillance
La sécurité des femmes étant un sujet majeur dans les bidonvilles, des caméras de surveillance sont placées dans tous les lieux publics du centre
Toilettes et douches
Elles sont situées à des étages différents de celles des hommes. Des toilettes spécialement conçues pour les personnes âgées, pour les enfants ou pour les personnes en situation de handicap sont également présents dans chaque centre.
Panic button
Chaque toilette pour femmes comporte un « panic button » afin qu’une femme victime d’agression ou qui se sent menacée puisse prévenir immédiatement les services de sécurité du centre, présents 24/24h tous les jours.
L'eau
L’eau utilisée pour les services d’hygiène est collectée et assainie afin d’être réutilisée. Chaque année, plus de 35 millions de litres d’eau sont ainsi récupérés.
Energie Solaire
Les centres fonctionnent également à l’énergie solaire afin de rendre l’initiative la plus neutre possible d’un point de vue émission carbone.
Les deux services les plus utilisés par les habitants sont de loin les toilettes et les machines à laver. Reshma, habitante de Dharavi explique que “grâce au service de laverie, elle gagne désormais du temps pour elle et pour sa fille”.
Impact sur la communauté
En termes de retours clients et d’impact social, 99% des utilisateurs se déclarent satisfaits. Par ailleurs, plus de 70% des femmes clientes considèrent que l’accès à des toilettes propres et sécurisées impacte positivement leur santé mentale et leur estime d’elles-mêmes. Cet effet n’avait pas été anticipé par les équipes d’Unilever même s’il peut sembler évident a posteriori.

Un modèle de partenariat public-privé qui implique des acteurs complémentaires
Unilever a initié la construction des premiers centres avec l’aide de la municipalité de Mumbai pour l’obtention des terrains. Un ensemble de parties prenantes complémentaires se sont ensuite associées :
Aport Financier
Secteur Privé
Unilever
HSBC
Apport territorial et administratif
Secteur public
Municipalité de Mumbai
Engagement des communauté
Secteur public
United Way Mumbai
Exepertise Construction
Secteur privé
Waterlife
Consortium for DEWATS Dissemination Society
Be Pure
EY
L’intégralité du modèle repose sur la complémentarité des acteurs et de leurs expertises. Comme dans la plupart des projets à impact social, les partenariats multi-sectoriels représentent des véritables facteurs clés de succès.
En effet, si les entreprises privées peuvent orchestrer et financer le projet, la question du “dernier kilomètre”, c'est à dire l’accès réel aux populations concernées, ne peut se faire sans des intermédiaires associatifs déjà au contact de ces personnes. La capacité à adresser correctement les besoins des populations vulnérables repose également beaucoup sur la connaissance de leurs modes de vie et de leurs préoccupations quotidiennes. Grâce à sa proximité avec les habitants des bidonvilles, United Way Mumbai a permis à Unilever et HSBC de proposer une offre adaptée et acceptée par la population.
Le soutien des pouvoirs publics est lui aussi essentiel afin d’obtenir les autorisations nécessaires au déploiement du projet. Il crédibilise également la démarche entreprise par Unilever et HSBC en l’intégrant dans le plan de développement de la ville.
Ancrage local du programme Suvidha
Pour garantir l’impact local du programme Suvidha et assurer son ancrage communautaire, Unilever et HSBC ont mis en place une stratégie centrée sur les habitantes elles-mêmes :
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Collaboration avec des ONG de terrain en contact direct avec les habitants des bidonvilles
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Recrutement de plus de 80 % du personnel parmi les habitants des bidonvilles, principalement des femmes. Ceci leur permet d'acceder à des emplois stables et valorisants leur permettant de devenir ambassadrices du programme auprès de leur entourage.
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Mise en place d’un réseau d’ambassadrices locales, en charge des campagnes de sensibilisation, formations, et actions dans les écoles
Le tout via des opérations porte-à-porte et des interventions au plus près des réalités locales

Le Business Model
Le programme est rentable et déployable à plus grande échelle.
Tous les profits sont directement réinvestis dans l’entretien des centres existants et le développement de nouveaux centres.
Un accès payant… mais abordable
Les services dispensés sont en effet payants, mais cependant moins chers que les services publics proposés.
La non-gratuité repose sur deux objectifs majeurs :
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La pérennisation financière du projet
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la valorisation par les habitants des services mis à leur disposition et le respect associé aux infrastructures
Des tarifs pensés pour les plus vulnérables
Le volume d’utilisateurs des centres permet de réaliser des économies d’échelle qui permettent de proposer des tarifs bien plus accessibles que la normale.
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Toilettes : abonnement mensuel familial à 150 roupies (~1,70 € équivalent d’un plein et demi de fruits et légumes pour une journée)
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Eau potable : 1 roupie le litre (~0,01 €)
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Gratuit pour les enfants de moins de 5 ans
Des études terrain ont permis de s'assurer que ces tarifs sont réalistes et acceptables pour les familles des bidonvilles.


Des partenariats pour garantir l’accessibilité
Les partenariats mis en place avec les nombreux organismes ont aussi permis d’accéder à des tarifs préférentiels pour les utilisateurs et de réaliser des économies de coût et de temps en passant systématiquement par les acteurs adéquats.
De nombreuses études ont été réalisées afin que le prix final de ces services soit jugé abordable par les populations vulnérables des bidonvilles.
Une approche éducative et responsable
L’éducation à l’hygiène dispensée par les ambassadrices et les employés des centres joue un rôle essentiel dans la préservation des infrastructures.
En sensibilisant les habitants à l’importance de ces lieux, elle favorise leur entretien, leur respect et leur bon usage au quotidien.
Ce modèle démontre que viabilité financière et impact social ne sont pas incompatibles.
Sources
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(1) Inde - Data Commons. (s. d.-a). https://datacommons.org/place/country/IND?utm_medium=explore&mprop=count&popt=Person&hl=fr
(2)Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. (s. d.). Présentation de l’Inde. France Diplomatie - Ministère de L’Europe et des Affaires Étrangères. https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/inde/presentation-de-l-inde/#:~:text=Superficie%20%3A%203%20287%20264%20km%C2%B2,Capitale%20%3A%20New%20Delhi.
(3) Langues et dialectes. (2024, 17 octobre). Inde En Liberté. https://www.inde-en-liberte.com/conseils-voyage/culture/langues#:~:text=Langue%20officielle%20Inde%20%3A%20l'hindi&text=L'hindi%20est%20la%20langue,le%20t%C3%A9lougou%20et%20le%20marathi.
(4)Religions du sous-continent indien. (2024, 17 octobre). Inde En Liberté. https://www.inde-en-liberte.com/conseils-voyage/culture/religion
(5) Inde - Data Commons. (s. d.-b). https://datacommons.org/place/country/IND?utm_medium=explore&mprop=amount&popt=EconomicActivity&cpv=activitySource,GrossD
(6) France - Data Commons. (s. d.). https://datacommons.org/place/country/FRA?utm_medium=explore&mprop=amount&popt=EconomicActivity&cpv=activitySource,GrossDomesticProduction&hl=fr
(7) École normale supérieure de Lyon. (s. d.). Les inégalités de genre en Inde — Géoconfluences. 2002 Géoconfluences ENS de Lyon. https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/le-monde-indien-populations-et-espaces/corpus-documentaire/inegalites-genre-inde
(8) Regnaud, Q. (2024, août 20). En Inde, un tragique fait divers ravive le débat sur la condition des femmes. Les Echos. https://www.lesechos.fr/monde/asie-pacifique/en-inde-un-tragique-fait-divers-ravive-le-debat-sur-la-condition-des-femmes-2114405omesticProduction&hl=fr
